Table ronde avec les lessiviers
Thématique Nettoyage et hygiène         Publié le : 15/05/2000
Catégorie: Article

L'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable (OBCD) organise le vendredi 19 mai une table ronde sur le thème des produits de lessive, réunissant des producteurs, des distributeurs et des représentants des pouvoirs publics. Cette réunion a pour but de discuter des mesures susceptibles d'encourager les consommateurs à choisir des produits lessiviels plus respectueux de l'environnement et à les utiliser correctement.

Lessive et développement durable

Pour l'OBCD, l'exemple des produits de lessive semble particulièrement bien adapté à une réflexion sur les changements de comportement de consommation dans une optique de développement durable. En effet, le changement souhaité, bénéfique pour l'environnement, ne comporte pas de difficulté fondamentale. Une alternative vraiment plus respectueuse de l'environnement est disponible sur le marché, dans les grands canaux de distribution, avec une grande diversité de marques. Cette alternative est tout aussi efficace et ne coûte pas plus cher.

Avantages des concentrées

Dans son enquête, l'OBCD a identifié les poudres concentrées sans phosphate comme les produits de lessive les plus recommandables dans une optique de protection de l'environnement, notamment de limitation des déchets d'emballage.

En effet, les poudres concentrées sans phosphate présentent les avantages écologiques suivants:

  • Réduction des dosages et des rejets polluants dans les eaux, pour tous les types d'ingrédients.
  • Réduction des déchets d'emballage.
  • Réduction des pollutions dues au transport.

Elles sont aussi efficaces que les poudres non concentrées sans être plus chères. Elles sont en outre plus pratiques: moins lourdes à porter et moins encombrantes à ranger.

Néanmoins sur le marché des produits de lessive, la part de marché des poudres concentrées sans phosphate décroît constamment. D'environ 30% en 1993, elle est descendue à 9% en 1999. Aujourd'hui, le marché belge reste dominé par les poudres non concentrées. Ailleurs, comme aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Autriche, les poudres concentrées occupent la première place des ventes des produits de lessive.

L'habitude de consommer

Pourquoi cette évolution du marché belge? Plusieurs facteurs contribuent à l'expliquer. Tout d'abord, les consommateurs, habitués aux produits non concentrés, éprouvent des difficultés à changer leurs habitudes de dosage. En conséquence, ils surdosent les produits concentrés, ce qui entraîne une perte des avantages écologiques et une augmentation du coût. Le produit concentré est, dès lors, perçu comme un produit efficace mais trop cher.

D'autre part, le consommateur belge serait un acheteur de "volume". Il serait plus satisfait de recevoir pour un même prix une quantité plus importante de produit même si cette quantité plus importante ne permet pas plus d'utilisations.

Enfin, une partie des consommateurs s'est détournée des poudres concentrées au profit de poudres non concentrées mais aussi d'autres formulations concentrées, correspondant à d'autres comportements (lavage de plus de synthétiques, pré-détachage).

Des difficultés supplémentaires

L'Observatoire bruxellois de la Consommation durable peut aujourd'hui avancer des explications supplémentaires à l'insuccès des poudres concentrées auprès des consommateurs belges. En effet, lors des enquêtes menées sur les comportements et les produits, d'importantes lacunes dans l'information faite aux consommateurs ont été mises en évidence.

Les enquêtes de comportement ont montré clairement que les consommateurs ignorent que les poudres concentrées sans phosphate sont des produits plus respectueux de l'environnement. Dès lors, ils ne choisissent pas ce produit pour répondre à des critères d'achat environnementaux.

Lors de la comparaison des étiquetages et des emballages de produits prélevés sur le marché, l'OBCD a également relevé des difficultés supplémentaires pour les consommateurs, qui diminuent encore leurs possibilités de choisir des poudres concentrées sans phosphate et de les utiliser correctement. Examinons-les en détail.

Identification des produits

Très peu d'étiquetages indiquent une dénomination de vente précise. Ils mentionnent des adjectifs très divers comme "compact", "concentré", "ultra", "futur", "micro", variant d'une marque à l'autre. L'utilisation du mot "concentré" (ou d'un synonyme) ne correspond à aucune norme de concentration, d'où une grande variation de la concentration des produits concentrés. Des lessives s'affichant "concentrées" nécessitent parfois des doses de lavage égales ou supérieures à des lessives non concentrées.

Le nombre de doses contenues dans l'emballage, mentionné dans l'étiquetage de certains produits, fournit bien une information de quantité mais introduit une confusion pour le consommateur car le nombre de doses ne correspond pas au nombre de lessives. En effet, selon les prescriptions de dosage, il faut plus ou moins de doses pour faire une lessive.

L'absence de phosphate est parfois indiquée dans l'étiquetage sous la forme d'un slogan "sans phosphate". Par contre, la présence de phosphates n'est jamais mise en évidence de la même manière. Pour trouver cette information, il faut que le consommateur consulte le tableau de composition, souvent repris en petits caractères sur un côté de l'emballage. Mais les consommateurs recherchent peu cette information car ils pensent souvent que les phosphates ont été interdits dans les lessives, ce qui n'est pas le cas. Au contraire, l'OBCD a constaté un retour des phosphates, principalement dans les poudres non concentrées et dans les tablettes.

Les difficultés des consommateurs à identifier les lessives en poudre concentrée sont accrues parce qu'il n'existe pas dans les rayons d'étiquetage indiquant clairement les types de produit. La confusion s'accroît lorsque les poudres concentrées sont rangées à côté des petits paquets de poudre non concentrée qui ne conviennent que pour 2 ou 3 lessives.

Un étiquetage complexe

Dans l'étiquetage, la présence de multiples slogans et logos et l'utilisation d'un grand nombre de langues sont aussi des sources de confusion. D'autant que dans l'étiquetage de produits vendus sur différents marchés, figurent des informations données pour les consommateurs d'un pays, non utiles pour les consommateurs d'un autre pays. Ce problème est particulièrement aigu pour les consommateurs belges, renvoyés aux informations données pour les consommateurs français d'une part, et pour les consommateurs néerlandais d'autre part. L'information donnée par l'étiquetage varie en fonction de la langue du consommateur: les consommateurs francophones et néerlandophones ne reçoivent pas la même information.

L'étiquetage de la composition et l'indication des prix ne permettent pas aux consommateurs de faire un choix entre produits ni en faveur des produits concentrés. En effet, l'indication de la composition se fait le plus souvent sous la forme préconisée par la recommandation européenne 89/542 qui prévoit une indication standard par catégories d'ingrédients et fourchettes de concentration. Tous les étiquetages de composition des différentes lessives sont, à peu de choses près, identiques. Seules, quelques marques, indiquent une composition exhaustive, qualitative et quantitative. Cette transparence de l'information se constate particulièrement chez les marques retenues comme médaille d'or écologique dans notre étude. Quant à l'indication du prix, elle décourage l'achat de produit concentré car elle se fait à l'unité de vente ou au kg. Il est normal que la poudre concentrée coûte plus cher au kg puisqu'un kg permet plus d'utilisations. Le bon critère, à savoir prix du produit par lavage n'est pas donné et doit être calculé par le consommateur.

Des dosages (trop) complexes

Les avantages écologiques et économiques des produits concentrés ne se produisent que si le consommateur apprend à changer ses habitudes lorsqu'il dose la poudre à laver dans le bac de son lave-linge. Ces nouvelles habitudes sont d'autant plus difficiles à prendre que de nombreux consommateurs dosent "à l'aveuglette", sans utiliser de "mesurette"; ils ne savent donc pas objectiver le nouveau comportement prescrit.

Cette difficulté à doser est renforcée par l'absence de système de dosage et par la complexité des instructions de dosage.

En effet, de nombreuses marques n'offrent plus systématiquement de système de dosage. Les motifs invoqués sont d'ordre écologique. Le consommateur peut toutefois obtenir gratuitement une "mesurette" en appelant un numéro vert indiqué sur l'emballage. Ce délai entre l'achat du produit et la possibilité de pouvoir l'utiliser incite le consommateur à doser en se passant de système de dosage ou en utilisant un système de dosage inadéquat provenant d'un autre produit (éventuellement non concentré ou liquide), et donc à surdoser. Les instructions de dosages sont toujours complexes car elles sont données en fonction de paramètres difficilement appréciables pour un consommateur: la dureté de l'eau de distribution (3 ou 4 catégories de dureté) et le degré de salissure du linge (3 ou 4 catégories de salissure). Elles sont parfois impossibles à appliquer car l'indication du dosage est donnée dans l'étiquetage et sur la dosette, dans des unités différentes (par exemple en grammes sur l'un et en millilitres sur l'autre ou en millilitres sur l'un et en fractions de dose sur l'autre).

En outre, les catégories de dureté ne sont pas délimitées de la même manière selon les marques. Il est également très difficile de juger si le linge est sale, très sale ou très, très sale. Il est dès lors tentant pour le consommateur de recourir au dosage maximal. Certains producteurs indiquent même un dosage pour du linge pas sale!

Efficacité et date de péremption

Il faut également souligner une lacune supplémentaire dans l'information donnée sur le produit via l'étiquetage, qui peut conduire à une mauvaise utilisation: l'absence de date de péremption. En effet, le produit de lessive perd son efficacité au cours du temps. Utiliser un produit périmé conduit dès lors à des surdosages ou même à un gaspillage si le produit est jeté à la poubelle. Cette lacune a été maintes fois soulignée par Tests-Achats, sans modifier pour autant les pratiques d'étiquetage.

Plate-forme de négociation

L'OBCD voudrait voir adopter les lessives en poudre concentrée par un très grand nombre de consommateurs. Comme mentionné plus haut, celles-ci offrent un très bon rapport qualité/protection de l'environnement, étant tout aussi efficaces et pas plus chères. Pour l'OBCD, des mesures réglementaires portant sur l'offre des produits semblent les plus appropriées mais il est difficile de les mettre en œuvre rapidement. La plate-forme du 19 mai vise à tenter d'accorder les intérêts des consommateurs et de l'environnement avec ceux des producteurs et des distributeurs et ceci, avec l'aide des pouvoirs publics. Nous reviendrons sur le sujet dans un prochain numéro de Du côté des consommateurs.

Plus d'info

Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable 02/547 06 83 Site: http://www.observ.be, E-mail: observ@oivo-crioc.org

http://www.oivo-crioc.org/textes/819.shtml

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