Ces dernières semaines, l'IBGE a orchestré à Bruxelles une campagne d'information grand public intitulée "Sans piles! C'est mieux pour l'environnement". Parallèlement, l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable (CRIOC) a organisé une table-ronde le 12 novembre avec des représentants des pouvoirs publics et des entreprises, concernés par la consommation des piles ou la gestion de leurs déchets; ceci après avoir réalisé une étude sur les appareils fonctionnant avec des piles.
De plus en plus de piles
Le marché des piles est relativement bien connu, mais celui des appareils à piles est tout à fait nébuleux. Il n'existe pas de données permettant de dénombrer le nombre d'appareils à piles mis sur le marché, ni de lister tous les types d'appareils concernés. Mais il est certain que les équipements munis de pile se multiplient dans de très nombreux secteurs. Il faut savoir qu'en l’an 2000, 100 millions de piles et batteries ont été mises sur le marché belge, dont 91% de piles primaires (non rechargeables), et 9% de piles secondaires (batteries). 70 millions de ces piles sont vendues seules, tandis que les autres sont vendues intégrées dans divers appareils (jouets, GSM, outils sans fil, etc). Ce marché est en constante augmentation: d'une part des objets traditionnels sont remplacés par des appareils à piles (brosses à dents, éclairage vélo...); d'autre part, de nouveaux types d'appareils conquièrent le marché (les GSM, par ex.). Enfin certains appareils qui n'étaient pas portables le deviennent (ordinateurs, Walkman...)
La demande de piles ne va donc pas diminuer, et leur gestion à l'état de déchets, déjà bien organisée par l'asbl Bebat, ne peut en aucun cas remplacer la prévention à la source. En l'occurrence, la bonne volonté des consommateurs permet de récolter 65% des piles vendues, et de cette quantité, il est possible de recycler effectivement 55% de la matière. Certains métaux lourds (mercure) ont été interdits pour leur fabrication. Néanmoins, les piles restent des déchets dangereux et leur fabrication nécessite plus d'énergie qu'elle n'en fournit lors de l'utilisation. On ne peut donc pas parler au sujet des piles, d'utilisation rationnelle de l'énergie. Il faut au contraireéviter leur utilisation. Comment faire?
Eviter les gadgets inutiles
Tout d'abord, l'étude du CRIOC a révélé que le marché recèle d'innombrables gadgets aussi inutiles que la pile qui les fait fonctionner: ces petits objets a priori amusants et peu coûteux, parfois acquis gratuitement par des offres promotionnelles, deviennent en réalité très vite des déchets: cartes d'anniversaires, bougies et fleurs qui chantent, porte-clés ou baskets clignotants, tourne-sucette automatique... Quand ces objets ne frisent pas le ridicule, on peut à tout le moins facilement s'en passer.
Ensuite, pour la plupart des appareils, il est possible de trouver sur le marché des alternatives sans piles: balances mécaniques ou solaires, montres mécaniques, automatiques ou solaires lampes de poche pourvues d'une dynamo... On trouvera même bientôt en vente en Belgique des GSM à manivelle (marque Motorola).
Les piles rechargeables
Enfin, dans les cas où l'énergie électrique est indispensable, il faut privilégier les appareils fonctionnant sur secteur ou munis d'accus (piles rechargeables); or seules les piles bâton existent en version rechargeable (à la différence des piles bouton). On en trouve en différents formats: crayon (AAA), Mignon (AA), Baby (C), Mono (D), bloc 9v (E). Quant aux chargeurs, leur prix varie de 500 BEF (12.39 Euro) à 1500 BEF (37.18 Euro). Les consommateurs intéressés trouveront à l'IBGE et à l'OBCD des conseils sur les types de chargeurs à privilégier et leur utilisation. Les appareils vendus avec batterie intégrée (rechargeable sur secteur) sont particulièrement commodes.
Le jouet, cas d'école
Lors de la table-ronde du 12 novembre, un secteur fut particulièrement mis sur la sellette: celui du jouet, qui présente d'innombrables alternatives "sans piles" mais qui met chaque année sur le marché de plus en plus de jeux à piles. D'après l'International Council of Toy Industries, en Europe, les jeux vidéo représentant à eux seuls 28% du total des ventes. Dans le cas d'une famille de deux enfants ayant chacun un game-boy avec lequel ils jouent 1h par jour, la consommation s'élève à 4 pilles AA par semaine, soit 208 piles par an, pour le seul usage de ces 2 jouets. Le coût des piles s'avère in fine plus élevé que celui des jouets. Un changement des habitudes aurait donc une incidence économique et écologique: réduction de la consommation de piles, mais aussi réduction des risques que les piles après usage soient jetées avec le jouet dans la poubelle normale, et non déposées à la collecte sélective; soit par négligence, soit parce que dans certains cas, les piles ne sont même pas accessibles dans l'appareil! Il y a d'ailleurs beaucoup de jouets qui valsent à la poubelle une fois la pile usée, simplement parce que le jouet est délaissé.
Le représentant de la Fédération Belge du jouet, Jean-Pierre Bedel, a pu exprimer le point de vue des professionnels: ceux-ci constatent que les consommateurs ne veulent pas utiliser de piles rechargeables, car quand un enfant s'empare d'un jouet, il veut que celui-ci fonctionne tout de suite. Sur la question de l'étiquetage, souvent défaillant en matière d'information sur les piles, ils se disent par contre prêts à discuter. Ils souhaitent même être conseillés sur les types de piles à privilégier ou à éviter. Ils sont également prêts à collaborer avec Bebat pour ce qui concerne les gadgets. Le problème étant que les piles contenues dans les gadgets ne sont pas collectées. Agir au niveau de la conception et de la production des jouets, semble difficile car la Belgique n'est pas un pays producteur.
Françoise Soetens, rédactrice en chef de la revue Toy & Baby Business, constate quant à elle que pour ce qui relève de la prévention des piles dans le secteur du jouet, on se heurte à des géants du marché qui imposent des modes par le biais du marketing. C'est pourquoi plus de moyens devraient être consacrés à informer les consommateurs sur les jouets sans piles. A cela, il faut ajouter, selon Jean-Philippe Ducart, de Test-Achats, que les emballages ne mentionnent pas toujours si une pile est nécessaire ou non au fonctionnement du jouet. C'est d'ailleurs les jouets eux-mêmes qui devraient porter cette mention, compte tenu du fait qu'ils sont souvent revendus, échangés, etc.
Ce qui a déjà été fait
Par rapport à la demande aux producteurs de prévoir la source d'énergie dès la conception du produit, Luc Delande de la société Philips, considère que des efforts ont déjà été entrepris par nombre de fabricants pour développer des appareils fonctionnant avec des accus.
Ce qui est certain, rappelle Yves Van Doren de la Société Bebat, c'est que les gens n'achètent jamais de piles par plaisir. Quant à leur gestion à l'état de déchet, le cadre légal en Belgique existe depuis la loi sur les écotaxes, qui a eu justement pour conséquence la création de Bebat et l'organisation de la collecte sélective en Belgique. Notre pays n'est pas en retard dans ce domaine, que du contraire. Le fait est que lorsqu'un objet est encombrant, il est plus facile de faire respecter une obligation de reprise (cela arrange bien le consommateur de voir ainsi repris son vieux frigo lorsqu'il en achète un nouveau). Dans le cas des petits appareils électroniques et des piles, leur discrétion est un frein à la collecte sélective. D'où les efforts de communication déployés par la société Bebat ces dernières années, pour inciter les consommateurs à ce geste citoyen. On voit que des résultats probants ont déjà été atteints.
Pistes d'avenir
Selon Jean-Pierre Hannequart, directeur de l'IBGE, le problème de la consommation des piles est celui de notre mode de vie, qui privilégie l'éphémère et entraîne beaucoup de gaspillage. C'est pourquoi il ne faut négliger aucun moyen d'action en vue de modes de consommation plus compatibles avec le développement durable. Déjà, le fait que les écotaxes soient perçue comme un outil intéressant permettant d'aller dans la bonne direction, est inédit dans le chef des industriels. Mais il faut aussi constater les limites de ce système qui devrait être affiné, par exemple par une taxation différenciée selon le type de piles.
La piste de la recherche et du développement pour privilégier l'éco-design doit également être poursuivie, tout comme celle de l'amélioration des informations sur les emballages. Mais il ne faut pas occulter l'aspect socio-économique du débat: dans le cas des jouets, privilégier les alternatives, c'est aussi résister aux dérives d'une économie mondialisée, qui délocalise et pousse sur le marché trop de produits non durables. Plaisir et amusement peuvent aussi se décliner sans piles!
- Informations sur les piles en lignewww.observ.be
- "Sans pile! C'est mieux pour l'environnement": brochure bilingue, 14 pp x2, IBGE-BIM, disponible gratuitement au guichet "Info-Environnement" des Halles St Géry ou au tél. 02/775.75.75
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