Lessives et environnement : le progrès vert se fait attendre…
Thématique Nettoyage et hygiène         Publié le : 25/11/2011
Catégorie: Article

Or, ici, il faut noter que le progrès est en marche. Les produits plus écologiques se développent largement et l'exemple le plus emblématique est sans doute celui des phosphates. Encore utilisés il y a une dizaine d'années comme agents anticalcaire dans beaucoup de lessives, ils ont aujourd'hui quasiment disparu, sous la pression de législations environnementales de plus en plus strictes.

Par ailleurs, la plus forte tendance est clairement l'émergence des produits super concentrés, qui permettent de diminuer le dosage moyen de lessive par lavage : celui-ci est passé de 150 g de poudre en 1997 à 80 g en 2008.

Enfin, la dernière tendance assez nette est le développement de lessives efficaces à froid, qui permettent de baisser les températures de lavage jusqu'à 20°C. L'agence de l'environnement en France a estimé que jusqu'à 37% d'énergie pouvait ainsi être économisée grâce à ce type d'innovation ! Cela signifie des avantages environnementaux (diminutions des émissions de gaz à effet de serre notamment) mais aussi économiques pour le consommateur qui réduit ainsi sa facture d'électricité.

L'étude que vient de conduire le CRIOC et Bruxelles Environnement au sujet des lessives s'inscrit ainsi dans le cadre du Plan de prévention et de gestion des déchets et dans le programme de travail de l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable.

L'analyse de 182 produits lessiviels s'est notamment référée aux labels, dont l'objectif premier est de sélectionner les produits ayant un impact réduit sur l'environnement en fonction de différents critères. Problème : très peu de produits lessiviels sont aujourd'hui certifiés.

A titre d'exemple, seulement 6 lessives portaient le label européen EU Ecolabel en juin 2011 en Belgique (le label exige notamment une dose utile par lessive plus faible et une meilleure biodégradabilité des composants, tout en interdisant formellement certaines substances). Le gouvernement fédéral et les fabricants et distributeurs de détergents belges se sont engagés à ce sujet à commercialiser au moins 10% de produits labellisés d'ici 2019...

Les enquêteurs ont donc examiné d'autres critères, comme la dose utile (plus elle est faible, plus l'impact écologique diminue), le poids de l'emballage par dose utile, le caractère recyclable de l'emballage, et les informations environnementales disponibles sur l'emballage.

On observe ici qu'un des problèmes des produits super concentrés est que le consommateur a tendance à surdoser. De ce fait, davantage de produits toxiques se retrouvent dans les eaux usées et on obtient donc l'effet inverse ! Les nouveaux formats concentrés supposent donc une métamorphose des habitudes du consommateur et un effort pédagogique considérable. La grande distribution a ici un grand rôle à jouer, notamment en affichant le prix par dose utile plutôt que par poids ou volume.

Quant aux emballages, quasiment toutes les lessives liquides étudiées se présentent en flacons de matière plastique munis d'un bouchon. La grande majorité des flacons plastiques sont en HDPE (polyéthylène haute densité), quelques-unes en PET (polyéthylène térephtalate) ou en PP (polypropylène).

Les poudres sont généralement emballées dans des cartons. Quelques-uns sont emballés dans des sacs en papier doublés de plastique non recyclable à l'intérieur.

Les produits en PET et en HDPE sont collectés sélectivement via le sac bleu (PMC), triés et recyclés. En revanche, les bouteilles en PP ne sont pas recyclées. Et selon Fost Plus, l'organisme privé chargé de l'organisation de la collecte, du tri et du recyclage en Belgique, un total de 1500 tonnes environ de PP est retrouvé chaque année dans les sacs PMC.

Les composants

Sur la composition en soi des lessives, celles-ci sont une source considérable de pollution, entre autre de par la grande quantité de composants chimiques ou produits de dégradation se retrouvant dans les cours d'eau. Les composés les plus polluants sont les phosphates, longtemps utilisés en grandes quantités dans les lessives. Le problème étant que ces phosphates, quand ils ne sont pas captés par les stations d'épuration, sont à l'origine d'une dégradation intensive des milieux aquatiques.

D'autres composants venus remplacer les phosphates (aucune lessive analysée n'en contenait) ne font guère mieux, comme le EDTA par exemple, qui est d'une faible biodégradabilité et a une propension à libérer les métaux lourds des sédiments aquatiques, sans compter son caractère irritant pour les yeux et la peau.

Les phosphanates ont le même désavantage de dissoudre les métaux lourds et d'être difficilement biodégradables.

Quant aux perborates, agents blanchissants, leurs principaux effets sur l'environnement sont la destruction de la flore de la peau, la dénaturation des protéines et l'inhibition de la croissance des plantes aquatiques.

Enfin, les azurants optiques sont faiblement biodégradables et s'accumulent dans les boues d'épuration, les sédiments des cours d'eau, les tissus des poissons et les racines des plantes.

Un seul produit déclare comporter de l'EDTA, la lessive pour laine Carrefour en format 2L. On retrouve des azurants optiques dans tous les types de lessives mais surtout dans les lessives liquides ultra concentrées (70%) et les tablettes (70%).

Voilà pour les composants. L'enquête montre que c'est en fait la phase de lavage à froid (20°) qui entraine le plus fort impact sur l'environnement. La température de lavage est en effet particulièrement importante, puisque le lavage peut représenter jusqu'à 75 % de l'énergie totale consommée. Problème : une étude menée dans 23 pays européens a déjà démontré que 20 % des lavages se font à une température de 60 degrés ou plus, une température beaucoup plus élevée que nécessaire. Il est donc important d'informer correctement le consommateur sur la bonne température à laquelle il peut utiliser sa lessive.

En résumé, les produits écologiques sont vendeurs et à la mode, mais de trop nombreux fabricants n'hésitent pas à recouvrir leur produit d'un vernis un peu trop vert, en avançant de nombreuses informations fantaisistes qui risquent de tromper le consommateur.

Seul l'Ecolabel EU apporte certaines garanties, mais le nombre total de produits lessiviels portant ce label est très faible puisqu'égal à 2.2%. Un point à noter : l'ensemble des lessives portant l'Ecolabel sont des marques de distributeurs (MDD).

Il existe cependant des produits présentés comme écologiques, par exemple les marques Ecover ou Froggy, mais qui n'ont pas de label.

Concernant les systèmes de certification de production, la charte pour le nettoyage durable (CND) est adoptée par une majorité de producteurs puisque 7 produits sur dix comportent le logo 2005.

Par rapport à la dose utile, la marque Omino Blanco est la plus performante avec 3 produits classés en tête, tandis que l'on retrouve 2 produits Carrefour et une lessive Le Chat dans les produits les plus dilués. La majorité des produits sont "standardisés" autour de 2 valeurs références : 35-37 ml pour les lessives ultra concentrées, environ 75 ml pour le niveau intermédiaire.

Le poids d'emballage par dose utile constitue un autre critère environnemental important. Un faible poids signifie que moins d'énergie et de matériaux auront été utilisés.

Dans la catégorie des lessives liquides, les produits les plus performants pour ce critère sont de loin les poches recharges, qui constituent 9 des 11 produits dont le poids par dose utile est inférieur à 2g ! Inconvénient : les poches ne sont pas collectées dans les sacs PMC pour le recyclage...

Au total, 20 lessives comportent sur leurs emballages des allégations environnementales en relation avec la composition en tensio-actifs, la biodégradabilité ou l'impact sur la vie aquatique. Sur ces 20 produits, seuls 5 d'entre eux sont labellisés, soit avec l'Ecolabel (3 produits MDD), soit Ecocert, ce qui justifie les allégations et permet au consommateur de faire un achat informé et sûr.

Conclusions

  • En conclusion, cette étude a également montré qu'aucune lessive n'est idéale et qu'une innovation environnementale peut aussi apporter son lot de problèmes. Dans le cas des lessives concentrées, le désavantage est clairement le remplacement des emballages en HDPE par du PP. Le premier est bien intégré dans les filières de recyclage, tandis que le PP ne fait l'objet d'aucune filière de recyclage.
  • Un autre exemple d'effet boomerang concerne les recharges, la majorité d'entre elles étant en plastique mou, non recyclable, alors qu'elles permettent de considérablement diminuer le poids d'emballage par dose utile.
  • Autre problème potentiel, la proportion importante de fausses allégations environnementales ou "greenwashing". De nombreux produits se contentent ainsi de répéter la législation ou de donner des informations beaucoup trop vagues pour être utiles au consommateur.
  • En matière d'étiquetage, le CRIOC est d'avis qu'il serait intéressant d'obliger à mettre davantage d'avertissements sur la limitation des quantités à utiliser, un dosage correct étant d'autant plus crucial avec le développement des lessives super concentrées. Imposer l'indication des prix par dose utile serait également très bénéfique puisque que cela permettrait au consommateur de choisir de manière impartiale les produits plus concentrés. Enfin, la vente des produits les plus nocifs pour l'environnement devrait être limitée, le développement des systèmes de recharges soutenu, et les allégations environnementales fantaisistes interdites (notamment sur la composition et la biodégradabilité).

Etude complète : Caractérisation de l'offre disponible en produits lessiviels.

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