Santé : une (multi) résistance qui pose problème
Thématique Produits dangereux         Publié le : 15/06/2011
Catégorie: Article

De quoi s'agit-il ?

La résistance aux antimicrobiens est la résistance d'un micro-organisme à un médicament antimicrobien auquel il était jusque-là sensible. Ces microorganismes peuvent être des bactéries, des virus et certains parasites. Depuis de nombreuses années, on observe ceux-ci devenir de plus en plus résistants aux moyens de lutte (les antibiotiques, les antiviraux, les antipaludéens) qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont permis de sauver des millions de vie. Résultat : les traitements classiques deviennent parfois inefficaces, des infections persistent et peuvent se propager. Fin des années nonante, des hôpitaux américains s'étaient même retrouvés contraints de renvoyer des malades à domicile, craignant la contamination généralisée de leurs patients à cause de germes résistants.

Comment est-ce possible ?

Les bactéries, par exemple, constituent des systèmes complexes et très organisés. Elles communiquent entre elles, s'adaptent aux changements environnementaux et s'échangent du matériel génétique, notamment des gènes de résistance aux antibiotiques. Or, tant dans la médecine humaine que vétérinaire (voire dans l'industrie alimentaire), ces médicaments sont parfois utilisés à tort et à travers. Il faut bien le reconnaître : face à un accroc de santé, nous avons souvent envie d'être sur pied au plus vite. Nous sommes devenus impatients au point de ne plus supporter d'être cloués au lit ou affalés dans un fauteuil. Nous mettons donc notre médecin sous pression pour qu'il nous prescrive un antibiotique sans égard pour d'autres traitements (1). Pour peu que nous n'allions pas au terme du traitement aux antibiotiques, nous laissons en vie les germes les plus solides, qui s'en prendront à d'autres victimes. Certains médecins, de leur côté, prescrivent trop vite ou aveuglément, prodiguent un traitement à mauvais escient, trop long, trop court ou mal dosé, ce qui risque de favoriser la survie des bactéries les plus agressives qui, pour peu qu'elles se modifient, deviennent alors résistantes ou "multi-résistantes".

Un problème vraiment sérieux ?

Et comment ! Les antimicrobiens sont devenus des outils indispensables de la médecine moderne. Sans eux, il devient hasardeux de lutter contre le Sida, de pratiquer des greffes d'organes, des interventions chirurgicales majeures ou de la chimiothérapie anticancéreuse. Qui n'a jamais entendu parler des infections nosocomiales, contractées pendant une hospitalisation ? Beaucoup de pays du Sud encaissent de plein fouet, eux aussi, cette résistance accrue aux antimicrobiens. Certains observateurs estiment que les Objectifs du Millénaire pour le développement, en matière de santé, pourraient bel et bien ne pas être atteints en 2015, en partie à cause de la résistance aux antimicrobiens. La lutte contre le paludisme paie également un lourd tribut à ce phénomène. Quant aux cas de tuberculose multi-résistante, environ 440 000 cas annuels sont enregistrés chaque année dans 64 pays, y compris en Europe, entraînant 150 000 décès.

Autant dire que la nouvelle stratégie européenne de lutte contre la résistance aux antimicrobiens est attendue avec impatience. Poussée dans le dos par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission européenne attaquera probablement sur plusieurs fronts : intensification de la recherche médicale, campagnes de sensibilisation du grand public et des médecins, collectes de données, analyses des pratiques de prescription, systèmes de surveillance à large échelle, programmes de formation, etc. L'enjeu est de taille. En cas de succès, 25 000 vies pourraient être sauvées chaque année dans l'Union et 1,5 milliard d'euros économisés.

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