Les manchots boivent la tasse
Thématique Consommation durable         Publié le : 02/05/2011
Catégorie: Article

Selon ses auteurs, les populations de manchots à jugulaire - le deuxième manchot le plus fréquent dans le monde, reconnaissable à une fine bande de plumes noires autour du menton - diminuent de 2,9 % par an depuis une dizaine d'années; celles du manchot d'Adélie – véritable image d'Epinal du manchot, il est noir sur le dos et blanc sur le ventre, plus petit (lui aussi) que le célèbre manchot empereur – baissent, elles, de 4,3 % par an depuis une dizaine d'années.

Certaines colonies auraient même vu leurs populations chuter de moitié sur la même période.
Mais la principale nouveauté des observations américaines porte sur l'explication de cette diminution. Ce n'est pas tant la réduction de leur habitat à la suite de la fonte des glaces qui explique cette raréfaction. Ces deux espèces de manchots ne nichent d'ailleurs pas sur la glace mais bien sur des espaces rocheux dégagés de la neige. La principale explication serait plutôt la raréfaction du krill, et plus particulièrement des petits crustacés baptisés Euphasia.

Vivant entre les cristaux de glace et se nourrissant de micro-algues, ces petits animaux constituent la source quasi exclusive de l'alimentation des manchots. Les scientifiques américains estiment que les effectifs d'Euphasia dans l'Océan atlantique ont fondu de 80 % depuis les années septante, ce qui semble avoir un impact important sur les populations des deux espèces de manchots en zone antarctique.

En fait, les modifications physiques engendrées par le réchauffement climatique (température de l'eau, salinité…) entraînent une modification de l'habitat de ces mini-crustacés, habitués à fréquenter les profondeurs glaciales des océans. La glace se forme plus tard dans la saison, ce qui perturbe leur cycle de reproduction. Leur disparition progressive contraint ainsi les manchots à trouver de nouveaux endroits pour s'alimenter, ce qui les force à réaliser des déplacements qui les fragilisent et les fatiguent toujours davantage, surtout les jeunes. A l'Institut royal des sciences naturelles, à Bruxelles, on ajoute une autre explication, qui complète la première. La péninsule antarctique, cette longue bande de roches et de glaciers qui s'étire vers le sud du Continent américain, est en train de se fondre petit à petit. Le nombre de blocs de glace dérivants, qui constituent des abris pour les manchots d'Adélaïde, diminue. Moins de nourriture et moins de lieux de repos : telles semblent être les deux raisons fondamentales du lent déclin des manchots à jugulaire et Adélie.

Ces derniers ne seraient donc que… la pointe de l'iceberg d'un phénomène beaucoup plus vaste. Car si ces Euphasia constituent bel et bien la base de la chaîne alimentaire antarctique, c'est tout l'écosystème - et pas seulement les manchots - qui serait aujourd'hui en sursis….

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