Europe: le filet se resserre sur la surpêche
Thématique Consommation durable         Publié le : 29/04/2011
Catégorie: Article

Dans la zone atlantique (dans la comptabilité communautaire, elle inclut la mer du Nord et la mer Baltique), 28 stocks de poissons surveillés par les autorités sont "surpêchés" alors que 11 à peine sont prélevés d'une façon soutenable. 60 autres stocks, dont on soupçonne généralement le déclin, ne sont pas encore connus avec l'exactitude scientifique souhaitée. En mer Méditerranée, plus de la moitié de stocks sont pêchés en excès mais, là aussi, l'imprécision règne en maître sur quantité d'espèces probablement en mauvaise posture.

Les premiers cris d'alarme reposant sur des bases scientifiques sérieuses ont été lancés à la fin des années nonante. Fruits d'âpres compromis entre les pays membres de l'Union, des plans de gestion ont alors été rédigés pour limiter les prises de plusieurs espèces: cabillaud, églefin, lieu noir… Etc. Les primes à la casse pour les embarcations de capture les plus anciennes devaient y aider. Las ! Ces mesures drastiques n'ont pas suffi à restaurer les populations menacées, surtout parce que les bateaux de pêche se sont modernisés parallèlement, augmentant les prélèvements dans un écosystème déjà fragilisé.

Le temps presse. Si le consommateur veut encore trouver du poisson dans son assiette à un prix abordable, il faut prendre le taureau par les cornes et aller plus loin que le régime de stocks et quotas pratiqués jusqu'ici. Les années 2011 et 2012 seront des années clés. L'Union doit, en effet, réviser de fond en comble sa Politique commune de la pêche (PCP) et cela, dans un contexte institutionnel totalement neuf : en vertu du Traité de Lisbonne, la plupart des décisions en matière de pêche sont désormais soumises au régime de la codécision. Comprenez : là où le Parlement devait autrefois se contenter de donner son avis, il est maintenant associé de près aux propositions de la Commission et, surtout, aux décisions du Conseil des ministres. Seule exception, et non des moindres, à ce nouveau régime : les décisions sur les captures de poissons (Totaux admissibles de captures, TAC) et les quotas. Beaucoup d'observateurs s'attendent à des foires d'empoigne sur les interprétations juridiques de la nouvelle réglementation…

Bien malin, à ce stade, celui qui peut prédire l'impact concret de celle-ci sur l'avenir des stocks de poissons. Malgré quelques ramdams médiatiques occasionnels (le thon rouge, en 2010), la pêche intéresse peu les parlementaires des Vingt-Sept. Traditionnellement, le comité chargé de la pêche au Parlement défend plutôt les intérêts du secteur industriel. De même, lorsque la Commission propose des restrictions de captures, celles-ci sont souvent revues d'une façon plus laxiste par le Conseil des ministres où des pays à forte tradition de pêche et syndicale - comme la France et l'Espagne - donnent de la voix. Ces dernières années, les choses ont un peu évolué. On a vu le Parlement s'emparer davantage du sujet, organisant ici des séminaires sur la pêche illégale, réclamant là-bas le classement d'une espèce dans la liste des espèces protégées "Cites" ou, encore, estimant que les Accords de partenariat pour la pêche (APP) conclus avec divers pays en développement (Guinée, Maroc, Mauritanie, etc.) doivent mieux tenir compte des principes démocratiques et de bonne gouvernance, de même que des conditions de travail dans le secteur (1).

Sans nul doute, l'actuelle demande d'adhésion à l'Union de l'Islande, pays à forte tradition de pêche, permettra de voir clair dans le positionnement de chacun. La pêche à la baleine (qui continue à y être pratiquée à des fins "scientifiques") et, surtout, celle du maquereau (dont ce pays a récemment augmenté les prises autorisées), sont des points délicats. Ce genre de négociations permettra de voir, in fine, jusqu'où les conceptions de chaque organe décisionnel sont ouvertes aux recommandations scientifiques sur l'évolution des dynamiques de poissons. Celles-là même qui irritent tant les pêcheurs.

(1)Environ 60 % des poissons consommés dans l'Union sont importés, essentiellement via une bonne quinzaine d'APP conclus avec des pays africains.

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