En effet, pour 53% des espèces pêchées la marge d'expansion est nulle tandis que 32% des stocks de poissons pêchés sont surexploités, épuisés ou en phase de reconstitution. Est-ce à l'aquaculture - qui fournit aujourd'hui 46% de la production - de prendre le relais ? La loi des nombresLa mer occupe plus que 2/3 de la planète et renferme 80% de la biodiversité. Il s'agit d'un milieu essentiel pour la santé de la planète, mais aussi pour 3 milliards d'habitants qui tirent des produits de la mer 15% de l'apport protéinique de leur alimentation. L'activité économique liée à la pêche ou à l'aquaculture fournit, en outre, un revenu à 180 millions d'habitants, notamment dans les pays du Sud. Divers phénomènes liés aux activités humaines viennent aujourd'hui perturber l'écosystème marin : - augmentation des températures des océans;
- acidification des mers en raison de la concentration atmosphérique en CO2;
- prolifération des végétaux aquatiques (eutrophisation);
- pollutions diverses (la majorité provenant des terres comme les eaux usées);
- surpêches (déséquilibre au niveau des stocks et de la complémentarité des espèces);
- méthodes de pêche qui endommagent les fonds marins.
Milieu naturel et activité aux frontières flouesLe risque de contamination des poissons issus de l'aquaculture par les poissons à l'état sauvage se développe à mesure que le milieu naturel se dégrade. La tentation est grande d'utiliser des médicaments pour maintenir une activité économique. Dans l'autre sens, les bactéries qui se développent à partir des déchets de l'activité aquacole entraînent, dans certains milieux fragiles, la prolifération de phosphates, de nitrates, voire le développement de germes pathogènes qui contaminent les espèces sauvages. Sur un autre plan, le fait que les droits sur la pêche puissent appartenir à une entreprise, à une communauté ou à un état brouille les contours. L'expansion de l'aquaculture loin des côtes pose d'ailleurs la question du contrôle par les juridictions nationales des eaux maritimes Enfin, l'importance de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), rappelle que dans nombre de pays du Sud, où l'activité se concentre, le secteur informel domine. De l'expansion du secteur à la nécessaire réglementationDans le cadre de la politique commune de la pêche (PCP) de l'après-guerre, l'UE avait favorisé le secteur de la pêche qui s'est progressivement industrialisé, concentré et qui a étendu géographiquement son champ d'action. Désormais, les quotas sont resserrés en Europe, mais pour répondre au doublement de la consommation de poisson depuis les années 60, on a en quelque sorte délocalisé la surpêche. Il reste que l'UE est un acteur majeur au sein des organisations régionales de pêche (ORP) en matière de préservation de l'environnement (pêche sélective, protection des coraux et fonds marins…). Dans les eaux de l'UE, des zones marines protégées s'intègrent au réseau Natura 2000. Dans notre pays, depuis 1999, le principe de précaution et l'approche des écosystèmes sont pris en compte dans toutes les activités liées à la pêche. Même si soles, plies, cabillauds, raies, lottes et crevettes sont pêchés par la flotte belge, les quantités sont très limitées. Les droits organisés en marché réglementent la pêche : octroi des permis de pêche, quota par pêcheur, quotas communautaires ou quotas individuels transférables (QIT). Mais il s'agit de règles davantage adoptées dans l'hémisphère Nord. Or l'essentiel de l'activité se situe dans les pays du Sud, et la Chine qui représente 1/3 de l'activité dans le monde. Si la FAO compile les données relatives aux stocks de poissons, une nouvelle banque de données élargie et interactive est en voie constitution sur internet. Elle reprendra les données hydrographiques, biologiques, cartographiques et les statistiques des océans de la planète, et ce, en temps réel. Un consommateur de plus en plus exigeantDans les pays comme le nôtre, les consommateurs exigent des garanties accrues pour les produits qu'ils achètent: - la sécurité sanitaire du produit;
- sa traçabilité;
- le mode de transformation;
- l'assortiment;
- la facilité d'emploi;
- le respect des prescriptions en matière d'emballage et d'étiquetage;
- une meilleure connaissance des risques et les avantages de la consommation de poisson;
- la prise en compte de l'épuisement des ressources halieutiques.
Pour répondre à ces exigences, le CRIOC recommande d'introduire des normes privées sanitaires ou durables. Il est également important de bénéficier d'un certificat de capture ou d'aquaculture exigible à l'importation des produits. Le CRIOC suggère aussi d'être en adéquation avec les normes de traçabilité sur les marchés de l'Union Européenne pour lutter contre la pêche clandestine. Toutefois, le CRIOC suggère aux consommateurs d'être prudents quant à la consommation des poissons proposés. Certaines chaînes de grande distribution ne différencient pas les poissons en voie de disparition, les périodes de pêche... RecommandationsLe CRIOC demande donc aux chaînes de distribution de fournir des informations claires et accessibles pour orienter ses choix lors de ses achats. Devant l'étal du poissonnier ou au supermarché quelques informations peuvent l'aider. Pour allier les critères de saisonnalité et les critères environnementaux, le CRIOC a édité un calendrier des poissons. L'objectif de cette démarche est de réduire l'impact de notre consommation sur le stock de poisson disponible, mais également le maintien de la biodiversité. |