Le succès du sac bleu : et après… ?
Thématique Emballage         Publié le : 03/11/2010
Catégorie: Article

"Les Belges sont les champions de la collecte, du tri et du recyclage des emballages !" Bien connu dans notre pays, ce cri de victoire est lancé chaque année par Fost Plus, l'organisme au petit point vert qui gère les déchets d'emballage et, surtout, le fameux sac bleu. Celui-ci récolte chaque année plus de 60 kilos par habitant, ce qui nous propulse sur le podium des éco-consommateurs européens.

Pouvons-nous être fiers de cette performance ? Oui ! Elle ne doit pourtant pas nous faire oublier deux choses. D'abord, qu'il existe une certaine ambiguïté autour du petit logo aux flèches entrelacées apposé sur les emballages. Contrairement à ce que l'on pense souvent, celui-ci ne signifie pas que le produit concerné est fabriqué à partir de matériaux recyclés, ni même qu'il sera un jour recyclé après la collecte sélective. Il signifie simplement que le producteur verse sa cotisation à Fost Plus, déléguant ainsi à cet organisme non lucratif le droit de gérer les centaines de milliers de tonnes de déchets d'emballage ménagers utilisés par les ménages belges.

Autre bémol. Aussi curieux que cela puisse paraître, il n'est pas possible, au pays du sac bleu, de savoir avec certitude si le nombre d'emballages primaires – c'est-à-dire vendus directement aux consommateurs – augmente ou diminue. Dommage, car cette information pourrait en dire long sur nos habitudes de consommation et sur l'évolution de notre empreinte écologique. Cette dernière traduit notre impact sur l'environnement, notamment notre appétit d'énergie et de matières premières. En France, par exemple, on a noté une diminution d'un demi-milliard d'emballages ménagers entre 2003 et 2006. Si ce constat est réjouissant, c'est pour une raison bien simple : à poids total égal, la somme de deux petits emballages est généralement plus préjudiciable à l'environnement qu'un seul et unique gros emballage.

Tout ce que l'on sait avec certitude, en Belgique, porte sur les emballages pour boissons : tant en tonnage global qu'en unités, leur nombre a augmenté dans la première moitié des années 2000 (pour la suite, les données manquent…). Fait remarquable : grâce aux coups de gueule des environnementalistes et aux efforts des fabricants, le poids unitaire moyen des emballages pour boissons n'a fait que diminuer. Ainsi, de 1971 à 2010, le poids moyen d'une bouteille plastique d'un litre et demi est passé de 57 à 29 grammes. Autre illustration : en vingt ans, les cannettes en aluminium ont perdu 25 % de leur poids.

Le hic, c'est que nos habitudes de consommation ont sensiblement changé. Nous mangeons bien plus entre les repas qu'autrefois (le "snacking"). Nous mangeons et buvons bien plus souvent à l'extérieur (le nomadisme). Nous exigeons bien plus de facilités de conservation des aliments et de préparation des repas, ce qui pousse les fabricants à imaginer de nouveaux types d'emballages : plus maniables, plus petits et adaptés aux consommations individuelles (mais pas systématiquement plus légers), plus sophistiqués (mais pas toujours recyclables, et encore moins réutilisables), etc. L'apparition des cannettes de 25 centilitres (en plus des 33 cl) n'est qu'un exemple parmi d'autres, mais on note aussi l'apparition de poches de riz précuit en alu souple ou celle d'emballages dont l'ouverture déclenche un système chauffant le contenu...

De telles innovations ne sont pas bienvenues dans les systèmes de récolte et de recyclage de Fost Plus. Si elles satisfont les besoins de marketing des firmes, elles ne bénéficient en rien à l'environnement. Que penser, par ailleurs, de ces bouteilles en verre jetables pesant jusqu'à 367 grammes mais contenant à peine 200 millilitres de soda ! Ou de ces bouteilles de vins mousseux et de champagne -jetables- pesant jusqu'à 880 grammes mais contenant à peine 750 centilitres de précieux liquide ! Or, le Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs (Crioc) rappelle que le verre jetable est l'une des pires options en matière d'impact sur l'environnement… On le voit. Si nous voulons réduire notre impact sur l'environnement, nous devons aller bien au-delà des cris de victoire sur le succès du sac bleu et nous interroger, en profondeur, sur nos réflexes quotidiens de consommation.

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