"Plus c'est fort, plus c'est propre !" Au rayon des produits d'entretien, mieux vaut oublier une telle affirmation. Nettoyer plus "doux", écologique - et efficace ! - est possible. Démonstration. Si vous êtes persuadé que la bonne tenue de votre logis passe par l'utilisation régulière d'eau de Javel, il va falloir revoir vos classiques. Première erreur, dénoncée par les experts du Crioc : l'eau de Javel (en fait, une solution aqueuse d'hypochlorite de sodium) serait la condition sine qua non pour nettoyer en profondeur les nids à germes dangereux que seraient nos maisons et nos appartements. Faux ! Rares, en fait, sont les habitations où règnent des germes dangereux. Au contraire, il s'y développe le plus souvent des équilibres microbiens qui nous protègent des infections. En utilisant souvent des produits désinfectants comme l'eau de Javel, nous détruisons ces équilibres. C'est alors que peuvent apparaître des germes plus agressifs et dangereux. Certaines études semblent d'ailleurs démontrer que des enfants élevés dans un univers microbiologiquement aseptisé développent davantage d'allergies que ceux qui vivent dans un environnement plus "naturel".
Deuxième croyance répandue : s'il est un endroit qui mérite d'être rincé à l'eau de Javel, c'est bien la toilette. Nouvelle erreur ! Test-Achats a démontré que l'activité nettoyante des produits à l'eau de Javel est avant tout le résultat de l'agent nettoyant lui-même (les agents tensio-actifs) et non pas de l'eau de Javel. Notre inconscient, à cet égard, nous joue des tours : copieusement alimenté par les campagnes de publicité, il a tendance à associer l'idée de propreté à l'odeur du produit désinfectant. En réalité, l'action de l'eau de Javel ou le produit qui en contient s'estompe déjà après quelques heures et les bactéries reviennent alors en force. La seule façon de se débarrasser efficacement des germes fécaux est de se laver soigneusement les mains après le passage à la toilette : rien de tel qu'un bon savon à mains! Quant au nettoyage de la cuvette du WC, un simple savon liquide ou un nettoie-tout classique suffit amplement. Le recours aux petits blocs à base d'eau de Javel, glissés sous le rebord de la cuvette, est superflu. Les fosses septiques s'en porteront mieux. Et l'environnement également, lui qui voit la microfaune des rivières, censée intervenir dans le processus d'épuration naturelle, décimée sous l'action du puissant désinfectant. Le recours à l'eau de Javel, en fait, ne se justifie que dans des cas très spécifiques, par exemple lorsqu'un médecin a décelé une maladie contagieuse qui doit être éradiquée.
L'étude du Crioc démontre que les nettoie-tout dépourvus d'eau de Javel sont nombreux et facilement disponibles dans les commerces. Ils sont souvent moins chers et tout aussi efficaces. Pour détartrer, le meilleur produit reste le vinaigre blanc (quitte à laisser un chiffon imprégné pendant plusieurs heures), car il est bon marché et dénué d'additifs et de parfums dont l'impact sur la santé et l'environnement reste sujet à caution. L'eau de Javel n'est pas le seul produit à bannir ou à réduire drastiquement dans nos habitations. En fait, pour chaque type de produit d'entretien, il est possible de faire appel à des alternatives sûres et souvent moins chères. D'une façon générale, il est recommandé de privilégier les produits à base de tensioactifs végétaux, plus facilement biodégradables, même s'il n'existe actuellement aucun label permettant de sélectionner les tensioactifs les plus efficaces. Les lingettes en microfibres permettent d'ôter la poussière sans avoir recours au moindre produit liquide ni en spray. Le bicarbonate de soude permet d'absorber les odeurs désagréables dans l'air ambiant, au même titre qu'une simple allumette brûlée ou une orange criblée de clous de girofle. Fabriqués à partir de solvants d'origine pétrochimique (térébenthine, hydrocarbures aliphatiques, etc.), les encaustiques classiques peuvent être avantageusement remplacés par des encaustiques à base d'huiles végétales ou d'huiles minérales non toxiques. Les meubles en bois peuvent être dégraissés avec un peu de jus de citron et du vinaigre, puis nourris avec de l'huile d'amande ou d'olive, d'arachide ou de jojoba. Quitte à exiger plus d'huile de bras, les sprays pour dégraisser les fours peuvent laisser place à une crème à récurer et une bonne vielle éponge ad hoc. Même les déboucheurs de canalisations chimiques ont leurs équivalents écologiques. Ceux-ci étant plus chers, il est néanmoins conseillé d'avoir recours au débouchage mécanique, par exemple avec un serpentin.
Pour s'épargner ou alléger les petites corvées du nettoyage, il est également possible de raisonner d'une façon plus préventive. Pourquoi ne pas choisir un modèle de four équipé de parois émaillées lisses, plus facile à nettoyer? Pourquoi ne pas ôter les débris de nourriture sur la cuisinière ou dans le four après chaque cuisson, lorsqu'ils sont encore mous et s'ôtent facilement ? Pourquoi ne pas verser régulièrement de l'eau bouillante dans les éviers pour dissoudre au plus tôt les dépôts gras ? Ou encore placer une crépine fine qui empêche les déchets alimentaires de filer dans les canalisations ? Autant de réflexes simples, susceptibles d'éviter le recours aux produits onéreux et, trop souvent, douteux sur le plan du respect de la santé et de l'environnement.
Source: Nettoyants multi-usages et nettoyants pour sanitaires, Etude de l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable. |