En dépit des efforts louables du législateur, les appels à la prudence figurant sur les emballages des produits d'entretien sont insuffisants. Particulièrement pour les utilisateurs les plus fragiles : enfants, personnes malvoyantes, consommateurs pressés ou insouciants... Le consommateur peut, a priori, dormir sur ses deux oreilles. Une batterie de directives, lois, décrets et ordonnances réglemente la mise sur le marché des produits d'entretien. L'une des plus visibles concerne l'étiquetage. Leur emballage doit, en effet, présenter une série de mentions censées alerter l'utilisateur sur les risques liés à l'utilisation, et même lui donner divers conseils lors de la manipulation. Des dizaines de "phrases de risques" existent ainsi dans les textes de loi, depuis "facilement inflammable" jusqu'à "très toxique en cas d'ingestion", en passant par "risque possible d'effets néfastes pour l'enfant pendant la grossesse" et «peut provoquer le cancer par inhalation».
Le consommateur se voit également prodiguer divers conseils d'utilisation selon le type de produit dangereux concerné, du genre "ne pas respirer les poussières", "conserver uniquement dans le récipient d'origine", "ne pas utiliser sur de grandes surfaces dans les locaux habités" ou encore "enlever immédiatement tout vêtement souillé ou éclaboussé", etc. Au total, des dizaines de mentions de ce genre sont prévus dans les textes réglementaires, parfois cumulables et combinables où chaque mot et chaque virgule ont été soigneusement soupesés.
Mais le législateur ne s'est pas arrêté en si bon chemin. L'étiquette des produits d'entretien doit également mentionner le nom chimique de la substance ou des substances présente(s), de même que les symboles de danger (le plus connu est la tête de mort dans le cas des produits toxiques). Les enfants et les personnes malvoyantes font l'objet d'un souci tout particulier, puisque certains récipients (contenant des produits toxiques, très toxiques et corrosifs, notamment) doivent être munis, pour les premiers, d'une fermeture de sécurité et, pour les seconds, d'une indication tactile du danger. Le numéro du Centre Anti-poisons doit également être mentionné systématiquement.
De là à penser que le monde des produits d'entretien est irréprochable, il y a un pas. L'étiquetage et ses appels à la prudence ne sont pas parfaits. Avec des caractères rarement plus hauts qu'1 mm (parfois 0,5 mm !), les indications restent inaccessibles à une partie du public. On pense particulièrement aux personnes âgées. Par ailleurs, si la grande majorité des produits respecte l'obligation de mentionner le numéro téléphonique du Centre Antipoison et la fermeture obligatoire de certains contenants, les experts du Crioc et de l'Observatoire de la consommation durable n'en ont pas moins relevé quelques oublis flagrants (la mention "produit corrosif" sur des blocs WC à base d'eau de Javel et sur des produits détartrants), de même que le recours à des procédés un peu douteux, qui permettent d'échapper aux contraintes légales.
C'est le cas, par exemple, de certains composés soigneusement dosés juste en dessous du seuil légal à partir duquel une phrase de risque doit être apposée. On peut aussi se demander pourquoi la réglementation n'oblige pas les fabricants à apposer une marque tactile de danger pour les aérosols classés extrêmement inflammables. De même, pourquoi n'élargit-elle pas l'obligation de prévoir un bouchon de sécurité à une gamme de produits beaucoup plus vaste ? Pourquoi ne contraint-elle pas chez nous, comme ailleurs en Europe, à apposer un petit logo (une poubelle barrée d'une croix noire) indiquant que le déchet d'emballage doit être jeté dans une poubelle spécifique pour les produits dangereux, et non dans une poubelle tout-venant ? Plus délicat encore, voire franchement inacceptable : vendues sous un blistère coloré et attractif, des tablettes d'eau de Javel font courir un grand risque d'ingestion aux jeunes enfants ou aux personnes peu informées, à cause de leur grande ressemblance avec des pastilles pour la gorge ou des bonbons! Très rares, par ailleurs, sont les prescriptions de dosage données pour les produits de nettoyage et d'entretien.
Source: Nettoyants multi-usages et nettoyants pour sanitaires, Etude de l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable. |