Les poubelles font la grimace
Thématique Consommation durable         Publié le : 21/04/2010
Catégorie: Article

En Belgique, 660 000 tonnes de nourriture volent chaque année à la poubelle en pure perte pour les consommateurs. Mais le gâchis n'est pas seulement social ou économique. Bien que largement méconnu, il est aussi environnemental.

Des monceaux de nourriture. De véritables montagnes d'aliments, pas nécessairement périmés. Voilà à quoi ressemble le tableau du gaspillage alimentaire dans nos sociétés occidentales. D'après une étude réalisée en Grande-Bretagne en 2007,  chaque Londonien se débarrasse annuellement de 140 kilos de nourriture, le plus souvent même pas déballée.  Sur l'ensemble de l'île britannique, plus de 6 millions de tonnes de nourriture fileraient chaque année à la poubelle, soit un tiers de la nourriture achetée !  Scandaleux ? Oui, évidemment. Surtout si l'on observe les chiffres à la loupe : ainsi, 30 à 40 % des rebuts alimentaires britanniques s'expliqueraient simplement par le fait que les produits ne correspondent pas aux caractéristiques exigées par les industriels ou les grandes surfaces : couleur, forme, aspect, etc.

Si les sujets de Sa Majesté semblent tenir le pompon en matière de gaspillage, il ne faut pas minimiser pour autant le problème chez nous, en Belgique. Mandatés par Bruxelles Environnement, des enquêteurs du bureau RDC, en 2007, sont allés fouiller les poubelles de la capitale. Il en résulte que les ménages bruxellois jettent chaque année une moyenne de 15,2 kilos de produits alimentaires par habitant. De simples épluchures et de vulgaires débris inconsommables ? Erreur ! Les restes cuisinés ne forment qu'un quart de cette masse livrée aux mâchoires de l'incinérateur de la Région. Le reste se compose, pour un autre quart, de produits périmés et, pour près de la moitié, de produits entamés, mais jugés impropres à la consommation ou jetés par négligence.  En Région wallonne, le constat semble encore plus sévère : chaque habitant du sud du pays gaspillerait, selon les sources, entre 14 et 23 kilos de nourriture par an. Tout dépend si l'on tient compte, ou non, de certaines formes de recyclage telle l'élimination via un compost ménager, un animal domestique (poules, canards, etc.)  ou une collecte sélective de déchets organiques.

Pourquoi une telle gabegie alors qu'il suffirait, pour éviter cette montagne de rebuts (666 000 tonnes annuelles selon les industriels belges de l'alimentation !), de se rappeler que ce gaspillage coûte annuellement 174 euros à chaque ménage ?  La réponse est inquiétante : surtout par distraction et par indifférence. Tout se passe comme si nous n'étions pas conscients du problème. Ainsi, selon une étude de l'ULB menée à Bruxelles en 2005 sur la perception du gaspillage, la plupart des consommateurs pensent qu''on" gaspille effectivement beaucoup, mais ce comportement est surtout à mettre sur le compte des 'autres".  Le gaspillage est également vu comme une conséquence inévitable du mode de vie : le manque de temps pour gérer rationnellement les listes de courses et les repas, les achats en trop grosses quantités (car on veut avoir de tout, à tout moment, dans son réfrigérateur), la difficulté de prévoir le nombre exact de personnes présentes lors des repas (on  préfère cuisiner trop que pas assez), les promotions commerciales (qui font acheter des produits superflus), etc. A  noter, aussi,  une certaine incompréhension des informations liées à la date de consommation (la 'péremption").

De cette étude, il ressort également un constat étonnant : le lien entre le gaspillage et l'environnement n'est pas clair aux yeux des consommateurs. Or, le gaspillage n'est pas –et de loin- qu'une affaire économique. Son impact sur l'environnement est énorme, pas seulement parce que les aliments jetés viennent grossir le flux des ordures ménagères. A l'échelle européenne, la nourriture – sa fabrication, sa transformation, son conditionnement et son transport – intervient pour près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. L'étude britannique a démontré que l'arrêt total du gaspillage alimentaire aurait le même effet que le retrait de la circulation d'une automobile sur cinq en Grande-Bretagne ! Casser net le gaspillage : utopique ? Peut-être. Gardons simplement à l'esprit, dans ce cas, que le gaspillage d'un pain ou d'un steak de boeuf revient à rouler en voiture pendant respectivement 2,24 et 4,89 kilomètres. Ou, en termes de consommation électrique, à faire brûler une ampoule de 60 W pendant 32 et 70 heures. En pure perte…

Source: Eviter le gaspillage alimentaire, cela commence au magasin!, Etude de l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable

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