N'empoisonnez pas votre été!
Thématique Produits dangereux         Publié le : 15/07/2001
Catégorie: Article

Dans le cadre de l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable, le CRIOC a réalisé une enquête sur les biocides disponibles dans le commerce à Bruxelles. Une centaine d'insecticides et autres produits pour lutter contre les pestes, a ainsi été passée au cribble.

Les résultats de cette recherche sont malheureusement peu réjouissants: étiquettes peu lisibles, informations incomplètes sur les mesures de sécurité, dosages imprécis, flacons surdimensionnés par rapport au contenu, absence de fermeture de sécurité, diffusion de brochures de "conseils" poussant à la consommation de biocides, promotions sujettes à caution, prix élevés...

Heureusement, pour la plupart des "pestes", il existe des produits et méthodes alternatifs. Ceux-ci sont moins dangereux pour la santé des utilisateurs et leur environnement direct, comme pour l'environnement en général. Finalement, dans la plupart des cas on peut éviter l'utilisation de biocides toxiques.

La réglementation concernant les biocides est actuellement en cours de révision. Le nouvel Arrêté Royal qui se profile défend une procédure sévère de reconnaissance pour la mise sur le marché de biocides. Il réglementera aussi plus strictement la publicité pour les produits toxiques. Ce n'est vraiment pas du luxe, au vu des résultats de notre enquête.

Bzzz, pschitt et publicité douteuse

Le retour des beaux jours a entraîné avec lui son cortège de bestioles: les moustiques qui tourmentent notre sommeil, les guêpes qui menacent le pique-nique, les mouches qui bourdonnent dans la cuisine...

Pour lutter contre ces envahisseurs, nous nous armons de produits en bombes, poudres et diffuseurs électriques. L'été est donc aussi la belle saison pour la vente de ces produits: l'offre s'étend, les présentoirs se multiplient sur les lieux de vente, les promotions fleurissent dans les dépliants publicitaires, submergeant le consommateur de bons et de boniments. A en croire les slogans publicitaires, pas d'ombre au tableau, on peut utiliser les biocides en tout temps et en tout lieu, jusque dans les chambres d'enfant!

"Kind & Gezin", l'équivalent flamand de l'ONE, recommande pourtant de ne pas utiliser les diffuseurs électriques - à première vue inoffensifs - dans les chambres des petits enfants. Mais bien que les conseils d'utilisation sur un certain nombre de ces produits, mentionnent clairement de ne pas les utiliser dans l'environnement des jeunes enfants, les publicitaires n'hésitent pas à placer des images de chambres d'enfants sur le matériel promotionnel!

On trouve aussi sur des publicités pour des biocides utilisés dans la maison, des images de nature verdoyante. D'après les organisations de consommateurs, ceci va incontestablement à l'encontre de l'esprit du code de la publicité écologique: les producteurs essayent de manière injustifiée, d'utiliser les préoccupations des consommateurs pour l'environnement.

Le nouvel Arrêté Royal en préparation actuellement intègre donc très à propos une réglementation plus sévère pour de telles publicités. Conjointement avec les services de contrôle compétents, les organisations de consommateurs devront exercer leur vigilance, afin d'éviter que l'industrie n'interprète trop librement ces règles.

Pour ce qui concerne les pratiques de commerce, le secteur n'est pas toujours à cheval sur la réglementation. Ainsi, nous avons dû constater plusieurs cas d'offres promotionnelles trompeuses. Des pièges à fourmis et autres articles de ce genre ont été trouvés en vente dans un emballage de 2 ou 3 pièces + 1 gratuit. Mais on n'a jamais pu trouver les mêmes produits sans ce soi-disant extra gratuit. Par contre il apparaît que de tels produits sont mis en vente de cette façon depuis plusieurs années. Ce qui nous laisse supposer qu'il s'agit là d'une pratique permanente et non d'une offre spéciale. Celle-ci, d'après la loi, doit être limitée dans le temps.

Produits dangereux

Autour de ces produits dangereux, les producteurs essayent de créer une atmosphère insouciante. Mais attention: il s'agit bien de substances toxiques qui peuvent persister durant des mois à l'intérieur des habitations. En effet ces poisons imprègnent tapis et rideaux et se déposent directement sur la poussière. Les familles ne réalisent pas toujours que les plus petits vont y mettre parfois littéralement le nez.

A fortes doses, ces substances toxiques peuvent entraîner des effets aigus, directement perceptibles (maux de tête, vomissements, troubles nerveux ...) mais la plupart des effets ne se manifesteront qu'à moyen et long terme (troubles de la reproduction, cancer,...).

Ce qui rend ces produits particulièrement dangereux, c'est que lorsqu'on les utilise, il est difficile d'éviter d'en avoir sur soi. C'est surtout le cas avec les aérosols, mais également avec les diffuseurs électriques contre les moustiques et avec les graines empoisonnées contre rats et souris. Comme utilisateur, il est presque impossible de se préserver les mains.

Or 36% seulement des étiquettes des produits observés indiquent qu'il convient de se laver les mains après usage. Pour d'autres conseils de sécurité on a également constaté que les producteurs sont assez avares d'informations: 22% seulement recommandent d'éviter toute ingestion ou contact avec les yeux ou la peau, 40 % indiquent ce qu'il convient de faire en cas d'accident (sur un produit, on a même trouvé un ancien n° de téléphone du Centre Anti-Poison). Seuls quelques emballages indiquent que le biocide en question est toxique, 27% font état de danger pour les animaux domestiques, abeilles, oiseaux et poissons. Enfin sur 21% des étiquettes seulement on lit que le produit ne doit pas être utilisé dans le voisinage de personnes malades, sensibles ou d'enfants en bas âge.

Ce qui a le plus surpris les enquêteurs, c'est que un seul produit était muni d'une sécurité pour les enfants, mais il faut dire que certains produits présentent relativement peu de danger direct pour eux (c'est le cas par ex. des pièges fermés pour fourmis ou cafards).

Les aérosols par contre sont particulièrement dangereux car en plus de la substance toxique active qu'ils contiennent, s'y trouvent aussi des gazs propulseurs inflammables. Vu les risques d'accidents qu'ils entraînent, cela fait des années que les organisations de consommateurs déconseillent fermement leur usage.

Ainsi l'usage du dichlorvos pour lutter contre les insectes volants, est contestée depuis longtemps. Malgré tout, les producteurs continuent d'utiiser ce produit cancérigène en grande quantité, notamment dans les attrape-mouches (armatures en plastique contenant une lamelle jaune à l'intérieur).

Des "bombes" dans les poubelles

Les pesticides ne présentent pas seulement un danger pour la santé. L'environnement aussi est malmené. Certains biocides persistent dans les sols, contaminent les eaux et s'accumulent dans les chaînes alimentaires. Les restants de produits et les déchets d'emballage constituent des déchets dangereux. Ils doivent être remis à la collecte sélective. Très peu d'étiquetages fournissent des indications claires à ce sujet.

La recherche a fait apparaître qu'aucun étiquetage ne mentionne de quelle façon les restes non employés doivent être éliminés, et 43% ne donnent pas d'information sur la manière de se défaire de l'emballage vide. Presqu'un quart des étiquettes indique même erronément que le déchet d'emballage peut être rendu avec des restes du produit. Certains produits dont dotés par ailleurs d'indications contradictoires: ainsi, une mention que l'emballage doit être jeté avec les ordures ménagères, est accompagnée d'un pictogramme indiquant que le produit ne peut être jeté à la poubelle!

Du fait de telles imprécisions, bien souvent les restes de pesticides demeurent sur une étagère, augmentant les risques d'accidents domestiques ou se retrouvent dans les poubelles ménagères. Sur base des chiffres de vente, on peut estimer la quantité de déchets ménagers issus de biocides dans notre pays à plus de 200 tonnes par an.

Cette quantité de déchets d'emballage pourrait être fortement réduite. Cette recherche nous a permis de déterminer que surtout les poudres contre les insectes rampants sont souvent emballées dans des boîtes en plastique qui sont 2 à 3 fois plus grandes que leur contenu. Pour le moins de tels conditionnements induisent en erreur le consommateur qui doit choisir parmi un grand nombre de produits disponibles en rayons. Mais de surcroît de telles boîtes, tout comme les pièges, occasionnent une quantité relativement importante de déchets.

Un été sans poison

Pourtant, il est facile de se passer de biocides. De nombreux insectes rampants ou volants sont inoffensifs et ne provoquent aucun dégat. Ils ne nécessitent AUCUN traitement. Vis-à-vis des insectes plus gênants, le meilleur choix est la PREVENTION.

Tant que les conditions de vie de ces intrus ne sont pas réunies (nourriture, climat), ils ne se fixeront pas dans la maison ni ne s'y reproduiront. quand ils sont occasionnels, il est aussi plus facile de combattre ces indésirables avec des moyens classiques et des recettes "grand-mère", ou avec des alternatives non toxiques vendues dans le commerce, qui sont tout aussi efficaces.

Peut-être les consommateurs auront-ils un peu de peine à trouver dans le commerce ces produits alternatifs. Les magasins qui vendent des biocides ne les mettent pas toujours au même endroit, ou ne vendent pas ces alternatives non toxiques. Elles présentent pourtant l'avantage supplémentaire qu'elles produisent moins ou pas de déchets dangereux, qu'elles ne nuisent pas à l'environnement, et limitent les risques d'accidents domestiques.

Pour en savoir plus

Pour ceux qui veulent mieux connaître les moyens alternatifs de lutte contre les insectes, l'Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable a mis en ligne un dossier pratique où sont repris les prix et lieux de vente des produits ainsi que les moyens de prévention et astuces ménagères: www.observ.be

http://www.oivo-crioc.org/textes/462.shtml

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