Les fraises espagnoles, les premières en scène
Leur prix très bas et leur apparition dès le mois de mars les rend tentantes: 2-3 euros le kilo seulement sur les marchés et en grandes surfaces. Néanmoins, d'après une enquête de WWF, leur bilan écologique et social est déplorable.(1)
- La culture des fraises au sud de l'Andalousie couvre 4.500 à 6.000 hectares dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité sur le parc national voisin (parc du Donaña).
- Leur mode de production est très gourmand en énergie, en eau et en pesticides.
- Pour donner des fraises hors saison, les plants produits "in vitro" sont placées en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, cela afin d'avancer la production.
- A l'automne, la terre sableuse est nettoyée, stérilisée, la microfaune est détruite (avec du bromure de méthyle et de la chloropicrine, deux pesticides dont le 1er est interdit par le protocole de Montréal).
- Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié a été installés de façon illégale et dont 80% tirent plus d'eau qu'ils ne sont autorisés à le faire (en moyenne 4.500 m3 par hectare). Les nappes phréatiques sont siphonnées, leur niveau diminue de façon alarmante. WWF dénonce une menace pour la biodiversité.
- Le mode de production hors sol (et couvert de plastique) favorise les moisissures d'où l'utilisation généreuse de fongicides mais aussi d'insecticides (une analyse française menée par la direction générale de la concurrence, la consommation et la répression des fraudes, portant sur 112 échantillons a révélé la présence de trace de pesticides dans 76% des barquettes, dont 16% au dessus des limites autorisées. Une autre étude allemande relève des résidus de pesticides sur la quasi totalité des fraises espagnoles, soit au total 105 substances différentes).
- Après la récolte, ces fraises vont encore voyager en camion pour parcourir 1.500 à 2.000 km avant de finir dans nos assiettes (100.000 tonnes sont exportées chaque année).
- A la fin de la saison, au début du mois de juin, 5.000 tonnes de plastiques sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place.
- Les fraisiers sont détruits chaque année bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années.
Le bilan écologique de la fraise espagnole est donc très préoccupant. Une étude allemande évalue le bilan carbone d'une barquette de fraise en provenance d'Espagne à 442 g de CO2.(2) Le prix très compétitif des fraises espagnoles peut s'expliquer par l'emploi d'une main d'œuvre précaire et sous payée (les fruits sont récoltés le plus souvent par des ouvriers marocains ou roumains, certains sans-papiers qui reçoivent un salaire de misère et vivent dans des conditions déplorables.)
Les fraises belges
D'après le calendrier des fruits et légumes, la saison des fraises s'étale du mois de mai au mois de juillet pour la pleine saison et du mois d'août au mois d'octobre pour la moyenne saison. Néanmoins en culture à ciel ouvert les fraises belges ne sont mûres que vers la fin du mois de mai. Avant cette date, elles sont produites sous tunnel plastique (non chauffé) ou sous serre chauffée. Or la production sous serre chauffée consomme 10 à100 fois plus d'énergie qu'une culture à ciel ouvert. En outre, ces fraises manquent de goût et leur texture est gorgée d'eau. La qualité gustative de la fraise dépend beaucoup de sa variété et du moment de la cueillette. En Wallonie, on cultive la Lambada, une fraise qui ne "tient" pas, elle est cueillie à maturité et doit être consommée rapidement. D'autres variétés moins "goûteuses" sont récoltées avant maturité et supportent un plus long transport. La production belge est d'environ 41.000 tonnes par an. D'après le comptage réalisé par le SPF Economie(3) en 2007, la production de fraises cultivées sous serre chauffée en Belgique représentait 286 ha. La production en plein champ et sous tunnel plastique (non chauffé) 728 ha. Les premières fraises belges sont apparues sur le marché fin février à 52 euros le ravier de 200 g. En saison, le ravier se négocie à 1,50 euros.
En conclusion, manger des fraises en pleine saison, produite localement en plein champs, c'est se régaler et préserver l'environnement.
(1) http://www.politis.fr/article3538.html, http://www.lanutrition.fr/3-raisons-de-boycotter-les-fraises-espagnoles-a-3335.html
(2) http://www.enerzine.com/604/6950+quel-est-le-bilan-co2-du-papier-toilette+.html
(3) Direction générale statistiques et informations économiques.
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