Gaspiller, c'est jeter des aliments qui auraient pu être consommés.
On distingue le gaspillage primaire, ce qui est jeté par les ménages, du gaspillage secondaire qui survient tout au long de la chaîne de production et de distribution.
Dans un ménage, le gaspillage provient souvent d'une "mauvaise" gestion des achats, du stockage, de la préparation des aliments ou de la gestion des restes.
Les données collectées à Bruxelles indiquent que 8% du sac poubelle tout-venant sont constitués d'aliments jetés sans avoir été touchés. Au niveau mondial, 1/4 de la nourriture produite est jetée sans avoir été consommée. Des chiffres choquants lorsque l'on sait 13% de la population mondiale souffre de sous-alimentation. A Bruxelles, ces déchets d'aliments et leurs emballages viennent gonfler les poubelles (la fraction organique, la fraction emballage). Des déchets qu'il faut collecter, transporter et éliminer. En outre, jeter de la nourriture qui aurait pu être consommée coûte cher aux ménages.
Pourquoi un tel gaspillage alimentaire?
Les raisons évoquées sont multiples.
L'évolution des structures familiales , des conditions de vie et de travail, expliquent qu'aujourd'hui on consacre moins de temps à la préparation de repas, et que l'on achète plus de plats préparés.
Dans certains ménages, chacun se compose un menu différent et le mange seul, à horaire variable. De nombreuses personnes ne cuisinent plus par manque de temps mais également par manque d'expérience. Les cours de cuisine ont complètement disparu des programmes scolaires.
La difficulté à gérer les courses (périodicité, inadéquation entre les quantités achetées et les besoins, programmation difficile des activités et des repas familiaux...) est également citée comme un facteur de gaspillage. La présence d'enfants, leur refus de certains aliments, le changement de leurs envies, de leur goût; les prescriptions en matière de sécurité alimentaire jouent un rôle: quand le consommateur doute de la salubrité d'un aliment, il préfère le jeter plutôt que risquer une intoxication.
Analyse de la fraction organique de la poubelle ménagère
L'IBGE a demandé au bureau RDC et à Sita Recycling Services NV d'analyser les poubelles de 262 ménages bruxellois en 9 prélèvements répartis sur une année (2004).
En 2001, le gaspillage alimentaire s'élevait à 7,6% en poids de la poubelle ménagère, dont 3,1% de produits périmés et 4,5% de produits entamés. Les campagnes de 2004 montrent une diminution en poids de la fraction "fraîchement gaspillés" (de 30,4 kg/mén.an à 23,1 kg/mén.an), et une augmentation en % en poids de la fraction de produits entamés (de 4,5% à 5,6%)dans la poubelle ménagère. Les produits entamés sont principalement (plus de 80% du flux):
- les plats cuisinés: 33%
- le pain: 28%
- les fruits et légumes: 22%
Les principaux aliments périmés sont les fruits et légumes frais (plus de 60% en moyenne).
Des effets saisonniers se marquent sur le gaspillage alimentaire.
- Un effet "Nouvel an" concerne tous les types de déchets mais surtout les restes cuisinés et les pain et pâtisseries.
- A la veille des vacances de Pâques, les restes cuisinés sont aussi un peu plus importants, mais pas les autres types de déchets.
- En septembre, on enregistre plus de déchets de fruits et légumes.
- Il existe également un effet " lendemain de fêtes": la part de produits entamés est de 12,5% en janvier alors que la moyenne se situe à 8,3%. La teneur en produits périmés oscille autour de 3,4% avec deux pointes, une en janvier (4,4%) et une en septembre (5,0%).
Le groupe social influence le gaspillage alimentaire
Les ménages des quartiers "chics" ont le même comportement en ce qui concerne le gaspillage des aliments frais que ceux des quartiers "populaires" mais une analyse plus fine montre que les ménages des quartiers "populaires" rencontrent des difficultés de gestion principalement pour les plats cuisinés, le pain, la pâtisserie et les biscuits mais gèrent mieux les autres catégories d'aliments jetés que les ménages des quartiers "chics".
Les poubelles des ménages qui compostent à domicile contiennent moins de déchets d'aliments, surtout en ce qui concerne la fraction périmée.
Comportements des ménages
L'IBGE a confié au Centre de psychologie de l'Opinion (ULB) l'évaluation qualitative de la perception et des comportements de la population de Bruxelles vis-à-vis du gaspillage alimentaire (rapport février 2005).
Principaux résultats
La préoccupation environnementale est absente des choix alimentaires alors que la santé est une motivation principale, notamment en ce qui concerne le choix de denrées alimentaires issues de l'agriculture biologique. La préoccupation pour la santé explique certaines formes de gaspillages.
Le gaspillage est sous-estimé, il n'est pas considéré comme un comportement personnel systématique; ce sont plutôt les "autres" qui gaspillent... Le gaspillage est considéré comme inévitable, comme une conséquence des modes de vie.
Aucun lien n'est établi entre le gaspillage et le coût environnemental.
Le prix n'est pas pris en considération lorsque l'on jette un aliment car d'autres préoccupations prennent le pas: hygiène, risques pour la santé.
Le gaspillage alimentaire ne concerne pas toutes les catégories d'aliments de la même manière: on gaspille surtout le pain, et en saison les fruits et légumes; beaucoup moins la viande.
La présence d'animaux domestiques semble être un facteur de réduction du gaspillage.
Quels sont les principaux facteurs de gaspillage alimentaire?
Principalement, les attentes en matière d'hygiène et de fraîcheur, la présence d'enfants (appétit variable, changement de goût, refus d'aliments, tentation hors repas,...), le manque de temps, l'évolution des modes de vie et la co-gestion du ménage, une mauvaise gestion du contenu du frigo, une mauvaise estimation des consommation quotidienne des personnes du ménage, la peur de manquer, l'attrait de la diversité, le non-usage de listes de course pour faire les achats, l'impact des promotions (qui conduit à l'achat de quantités plus grandes).
Le gaspillage alimentaire, hors domicile, est perçu comme plus important: à l'école (peu de contrôle relatif à ce que les enfants mangent , laissent ou jettent), dans les grandes surfaces (on jette tout ce qui n'est plus vendable et on empêche la récupération), dans les restaurants et les fast-food, dans les homes, collectivités et restaurants d'entreprise.
Propositions pour moins gaspiller
Lors du Parlement Bruxellois sur la Consommation Durable que l'OBCD a organisé en mars 2003, les citoyens bruxellois ont proposé des mesures pour limiter le gaspillage.
Sensibiliser les ménages
Sensibiliser et informer les ménages sur les comportements évitant les gaspillages alimentaires. Ces actions doivent se diversifier en fonction des public-cible, des thématiques concernées et des moments. Des actions peuvent être envisagées en collaboration avec le secteur de la distribution pour s'adresser aux consommateurs en situation d'achat, notamment par le biais de la diffusion de matériel d'information sur les lieux de vente. D'autres actions peuvent s'envisager au moment de fêtes comme les fêtes de fin d'année ou le Ramadan, pendant lesquelles une surenchère à la consommation invite au gaspillage. Elles peuvent être développées avec des relais comme les professeurs de religion et de morale dans les écoles publiques, les associations représentatives des différents cultes, les responsables de lieux de culte et reposer sur le rappel de valeurs essentielles comme le partage et la solidarité.
Organiser des cours de cuisine à destination des enfants et des adultes (activités scolaires et parascolaires) dans les différentes communes, en particulier dans les quartiers plus défavorisés; L'élaboration de ces cours poursuit plusieurs objectifs: environnemental: réapprendre les techniques de base de la cuisine et diffuser des recettes faciles et rapides pour éviter l'achat de trop de plats préparés, diffusion de recettes pour accommoder les restes; nutritionnel: recherche d'un meilleur équilibre alimentaire, encouragement de la consommation de fruits et légumes; social: par des échanges intergénérationnels ou interculturels.
La lutte contre les gaspillages s'inscrit d'une manière plus large dans la lutte contre les excès de consommation ou surconsommation. La Région devrait prendre l'initiative d'organiser un vaste débat sur la surconsommation avec tous les citoyens et les acteurs du marché tels que les producteurs, les distributeurs, les agences de publicité et les autorités publiques.
Lutter contre les gaspillages à l'école
Mener des actions de sensibilisation auprès des élèves qui mangent à la cantine et du personnel qui les encadrent. Ces actions devraient poursuivre un objectif plus large d'éducation à la citoyenneté. Certaines associations sont actives dans ce domaine, leur travail devrait être soutenu.
Prendre des mesures pour "dématérialiser" les collations scolaires des enfants en réorganisant des cantines lors des récréations. Les impacts positifs de ce type d'initiative seraient multiples: réduction des déchets par le recours à des boissons en emballages consignés et choix de fruits et de biscuits moins emballés, amélioration de la qualité nutritionnelle des collations scolaires, prise en compte de critères sociaux, création d'emplois. Cette mesure pourrait faire l'objet de collaborations entre la Région et les communes.
Sensibiliser les 12-25 ans
Mener des actions de sensibilisation vis-à-vis des adolescents afin qu'ils privilégient une alimentation saine, adaptée à leurs besoins et qui limite les déchets et gaspillages produits. Des collaborations pourraient être recherchées auprès de certaines chaînes de restauration rapide qui exercent beaucoup d'attrait sur la population adolescente. Ces actions pourraient être menées en collaboration avec les autorités publiques en matière d'éducation à la santé.
Encourager le don alimentaire
Bien que la pratique existe déjà, il faudrait encourager davantage le don de nourriture vers les associations d'aide alimentaire, notamment en faisant connaître les coordonnées de ces associations et les modalités des dons.
Revaloriser les commerces de proximité
Pour lutter contre le gaspillage, de nombreuses propositions concernent la revalorisation des commerces de proximité. En effet, faire ses achats dans son quartier permet de gérer plus quotidiennement l'approvisionnement alimentaire et permet également un service mieux adapté à la demande (découpe, possibilité d'acheter des demi-pains, fruits et légumes en vrac). Il existe également une forte demande d'information sur le choix de produits que les consommateurs ne trouvent plus dans les grandes surfaces et espèrent pouvoir obtenir auprès des commerçants qui leur sont proches. La Région pourrait développer un système de soutien aux commerces de quartier ainsi qu'à leurs associations et de valorisation des achats réalisés dans les commerces de proximité. La proposition concerne la mise en réseau de commerces de quartier offrant des services et des produits plus avantageux pour l'environnement, en s'appuyant sur les structures en place (associations de commerçants, Town managers). Ce réseau commercial pourrait être soutenu par un "label" et par des actions régionales de promotion de ce label. Il pourrait également bénéficier d'encadrement sous la forme de formations et de suivi. La réalisation d'un projet à l'échelle pilote permettrait d'évaluer la faisabilité et l'intérêt de la population locale pour un tel projet.
En ce qui concerne les ménages et les consommateurs, l'objectif principal serait d'encourager les choix et comportements alimentaires qui minimisent les impacts négatifs sur l'environnement et la santé. Les objectifs environnementaux sont poursuivis en tenant compte des objectifs essentiels que sont un accès équitable à l'alimentation pour tous, la sécurité des denrées alimentaires, l'équilibre nutritionnel et la santé des consommateurs.
Conseils pratiques
Lors des achats des aliments
- Faire une liste de courses évite les achats impulsifs et permet de mieux adapter les achats aux repas prévus.
- Adapter les quantités achetées au besoin de la famille; faire des stocks importants augmente les risques de gaspillage.
- Toujours prendre en compte la date de durabilité minimale qui figure dans l'étiquetage. (Voir Date de consommation)
- Acheter les denrées réfrigérées et surgelées à la fin des achats, les transporter dans des sacs isothermes et les replacer au réfrigérateur ou au congélateur dès que possible.
Lors du stockage des aliments
- Stocker les aliments dans des conditions permettant leur bonne conservation: souvent les étiquetages reprennent des prescriptions de conservation; les respecter permet de conserver plus longtemps et plus sainement les denrées.
- Au réfrigérateur, chaque type de denrée a sa place en fonction de la température nécessaire à sa conservation. (Voir Place des aliments dans le frigo)
- Ne jamais entreposer d'aliments encore chauds dans le réfrigérateur; cela entraînerait une augmentation de la température intérieure du frigo (compromettant la bonne conservation de toutes les denrées qu'il contient) et augementerait la consommation du frigo.
- Couvrir les récipients dans lesquels les aliments sont conservés au réfrigérateur, cela évite les contamination d'un aliment à l'autre.
- Entretenir régulièrement son frigo avec de l'eau chaude additionnée d'un peu de détergent.
Lors de la préparation des aliments
- Préparer une quantité de nourriture en adéquation avec l'appétit de la famille. Souvent les étiquetages indiquent les quantités par personne; on peut également trouver ce type d'information dans les livres de recettes.
- Si des emballages sont ouverts sans que le contenu soit totalement consommé, il peut être utile de transvaser le restant dans un autre récipient; c'est le cas des conserves entamées dont le contenu ne peut être conservé dans l'emballage métallique une fois que celui-ci a été ouvert.
Lors de la gestion des restes alimentaires
- Conserver les restes de nourriture soit au frigo dans un récipient fermé, soit au congélateur pour une consommation ultérieure.
- Il existe des recettes simples et faciles à réaliser qui permettent de transformer les restes de nourriture en délicieux repas.
Composter les déchets alimentaires
- Ne pas jeter les déchets d'aliments mais les composter; composter ne nécessite pas beaucoup d'espace et se réalise facilement si l'on suit quelques conseils de base. Il y a peut-être dans votre quartier un maître composteur qui pourra vous donner toutes les explications souhaitées. Vous pouvez également consulter les conseils donnés par le comité Jean Pain www.comitejeanpain.be.
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